Master poulet : vouloir interdire un fast-food c’est de gauche ?
Le 6 Mai 2026, j’écrivais une tribune dans Marianne :
Retrouvez la juste ici
En 1999, José Bové, figure de la gauche paysanne, s'illustre dans une action de désobéissance civile : le démontage du McDonald’s de Millau.
(Photo by - / AFP) ©AFP
Vingt sept plus tard, on compte en France davantage de fast-food que de restaurants traditionnels et le débat public s'enflamme autour de Master Poulet.
Tandis que la gauche débat entre enjeux de lutte contre la malbouffe et accessibilité à l’alimentation, l’extrême-droite entre dans la polémique … par le racisme.
« C’est parce que c’est de la viande halal que c’est pour les racailles ! » entend-on sur RMC.
Si, contrairement à ce que leurs lobbies veulent nous faire croire, les chaînes de fast-food ne représentent pas la restauration populaire, le succès de Master Poulet et autres tasty crousty est avant tout le succès de la précarité alimentaire. Avec des pilons de poulet et saucisses à 1€, les prix affichés par Master Poulet semblent imbattables.
Et c’est là que le débat devient biaisé : laisser à la seule liberté du commerce et du marché le soin de décider ce que telle ou telle personne à le droit de manger.
Une politique alimentaire de gauche ne s’en satisfait pas et poserait un principe simple : faire que choisir son alimentation devienne un droit.
Aujourd’hui pouvoir réellement choisir son alimentation est un privilège. La plupart des habitants de ce pays n’en ont pas la possibilité. Manque d’argent, offre insuffisante en rayons, commerces de proximité qui ferment : les raisons du non-choix sont multiples.
Selon moi, une politique alimentaire de gauche s'emploierait donc à construire les conditions matérielles d’un accès à une alimentation choisie. Et le mépris de classe consisterait à croire que, lorsque les gens ont réellement le choix, ils feraient systématiquement le choix d’une alimentation mauvaise pour la santé et pour celles et ceux qui la produisent.
Alors, créer les conditions du choix de l’alimentation, c’est éventuellement interdire l’implantation d’un fast-food lorsque ceux-ci deviennent trop nombreux et réduit de facto le choix. Mais, c’est surtout, encadrer les pratiques des distributeurs qui sur-margent sur les produits sains, soutenir l’agriculture biologique et paysanne, ouvrir des restaurants municipaux, expérimenter la sécurité sociale de l’alimentation, etc …
La France, pays de la gastronomie, pays qui passe le plus de temps à table, n’a pas de politique alimentaire digne de ce nom.
La gauche, si : garantir à toutes et tous le droit à réellement choisir son alimentation