Pourquoi le bio est il plus cher ? La responsabilité de la grande distribution

Alors qu’un kg d’abricots coûte 2,29 euros à produire en conventionnel et 3,46 euros en bio, les prix en grandes surfaces sont respectivement de 3,90 et 8,36 euros

Étrange non ?

Une telle différence s'explique par les marges brutes de la grande distribution. Ces dernières sont d’1,41 euros en conventionnel contre 4,46 euros en bio ! L’abricot bio coûterait-il plus cher à mettre en rayon qu’un abricot non bio ?

Les abricots ne sont pas un cas isolé… 

Selon une étude de l’association Que Choisir, la grande distribution appliquerait en moyenne une marge 81 % plus élevée sur les fruits et légumes issus de l’agriculture biologique que sur les mêmes fruits et légumes produits en conventionnel. 

La marge, c’est la différence entre le prix en rayon et le prix auquel le magasin (ou sa centrale d’achat) a acheté le produit. 

En analysant plusieurs produits issus de l’agriculture biologique, apparaissent des écarts importants…

Par exemple, une tomate bio, ferait l’objet d’une marge de distribution de 113 % et, sans étonnement, cette hausse des prix ne profite pas directement aux agriculteurs et agricultrices, mais principalement aux distributeurs.

De même, alors qu’un kg d’aubergines coûte 1,69 euros à produire en conventionnel et 2,48 euros en bio, les prix en grandes surfaces seront respectivement de 3,28 et 6,06 euros

Une telle différence s'explique ici aussi par les marges brutes de la grande distribution.

En effet, elles sont d’1,42 euros en conventionnel contre 3,26 en bio, c’est à dire 130% supérieure. 

Mais… Pourquoi une marge si élevée ? 

Cette dernière n’est pas définie de manière rigide, elle est modulée selon des stratégies commerciales.

Si je vous dis péréquation des marges ? Ça vous parle ? 

C’est une pratique qui consiste à compenser les faibles marges réalisées sur certains produits en augmentant celles d’autres références.

Ces autres références, ce sont les produits bios, notamment les fruits et légumes.

Ils servent ainsi à financer des produits vendus avec des marges plus faibles. Ces produits vendus avec peu de marges sont les aliments ultra-transformés de grandes marques, standardisés et donc comparables, produits par des industriels puissants et vendus en masse (si vous souhaitez en savoir davantage, j’en parle sur cette vidéo Instagram).

Alors oui, les produits bio sont plus chers à produire que ceux des productions conventionnelles. 

Le surcoût serait ainsi de + 57 % en moyenne sur l’ensemble des fruits et légumes pris en compte dans cette étude. 

Mais il est logique, cohérent. 

Il s’explique par un besoin de main d’oeuvre humaine plus importante du fait de la non utilisation d’engrais et pesticides, par une mécanisation des travaux aux champs moins importante, et des tailles d’entreprise modérées, des fermes à taille humaine permettant de réaliser moins d’économies d’échelle. 
Alors oui, ce surcoût agricole est justifié.

A l'inverse, absolument rien ne justifie les sur-marges de la distribution ! 

Il n’y a aucune logique apparente et les explications de la grande distribution n’ont aucun sens. 

La grande distribution justifie le surcoût par d’importantes pertes en rayon pour les produits les plus périssables ou fragiles.

Or, comment expliquer que le poireau, un produit résistant qui se conserve bien, relève des marges beaucoup plus élevées (185%) que celles sur des produits pourtant très fragiles comme la fraise (+96 %) ou encore les nectarines (+31 %)....?

La faute à une politique de marge opportuniste sur un marché de niche. 

Ce sont les produits les plus sains tels que les fruits et légumes, et plus encore le bio (au grand dam de ses bénéfices sanitaires, nutritionnels et environnementaux), qui subventionnent la malbouffe… 

La péréquation opérée par la grande distribution rend les prix des aliments bio artificiellement hauts ! 

Que Choisir rappelle que le revenu agricole est également impacté par les choix de la grande distribution. Les négociations commerciales ont pour effet d’imposer des prix peu rémunérateurs aux agriculteurs et agricultrices… 

Ne nous faisons pas avoir, ce n'est pas parce qu'un produit est plus cher qu'il rémunère mieux les producteurs et productrices qu’il y a derrière !

Ci-dessous le tableau du détail des résultats de l’enquête de Que Choisir (disponible ici): 






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